A l’antiquité (cette période, pour rappel, commence avec l’invention de l’écriture), la nature est abondamment représentée sur les murs des tombeaux, des palais ou des maisons. La fonction de cette représentation est ornementale, ou religieuse.

En Egypte

Ainsi, au XIVe s. avant notre ère, dans le tombeau de l’Egyptien Nebamon, haut dignitaire de la XVIIIe dynastie, l’artiste a recréé l’environnement dans lequel vivait le défunt. L’œuvre est donc réaliste, même si l’on trouve des éléments stylisés. On voit Nebamon en train de gérer son domaine agricole, on le suit à la pêche, à la chasse, ou dans son jardin. Ces tableaux sont néanmoins idéalisés : le défunt peut poursuivre sa vie dans l’au-delà, de façon harmonieuse, sans tracas ni soucis.

Rapide analyse du bassin du jardin de Nebamon

La représentation est en deux dimensions (hauteur et largeur). Le bassin, rectangulaire, est vu d’en haut ; en revanche, fleurs de lotus, carpes exotiques (ou « tilapias »), oies et canards sont vus de profil. Une bordure de fleurs, papyrus, bleuets et mandragores peut-être, crée un cadre, lui-même souligné par un autre encadrement, le rebord blanc de la margelle.

Le Jardin, Tombe de Nebamon, XIIIe dynastie, vers 1350 ante C. Source

Les arbres entourent le plan d’eau de façon régulière. Ils sont rabattus en haut et à gauche depuis la margelle du bassin vers l’extérieur. En bas, leur cime se dresse vers la margelle. Ce sont des dattiers d’où pendent des grappes de dattes, des figuiers couverts de fruits, des palmiers-doums, des Sycomores.

Les couleurs, ternies sans doute par le temps, sont harmonieuses : bleu de l’eau tirant sur le vert, rythmé par le dessin de fines vaguelettes brunes, blanc et ocre des occupants du bassin, bordure de fleurs grise avec des rehauts d’ocre-brun. La couleur du feuillage des arbres rappelle la couleur de l’eau, en plus soutenu, celle des branchages et des fruits se décline en une gamme d’ocres claires à foncées.

L’artiste ne cherche pas la perspective. Il rend fidèlement compte de l’ensemble des composantes du jardin, mais, comme nous l’avons déjà souligné, en mettant en avant l’abondance des productions de la nature. En haut à droite, une figure féminine est assise près de paniers débordant de fruits et d’une jarre, pour offrir sans doute au défunt de se sustenter.

En Grèce et dans l’Empire romain

Chez les Grecs

On sait par les textes que les Grecs avaient de remarquables artistes peintres, et qu’ils appréciaient ceux qui représentaient la nature de la façon la plus exacte possible (ceux, donc, qui maîtrisaient l’art de la mimesis).

L’histoire de Zeuxis né en Grande Grèce à la fin du Ve siècle avant notre ère en témoigne : on raconte que, maitrisant parfaitement l’art du trompe-l’œil, il avait peint du raisin si ressemblant qu’un oiseau s’y est trompé, qui est venu essayer de le picorer ! (Pline, Histoire naturelle, Livre XXXV, §65, 66). Un autre peintre, Apelle, peut-être originaire de Cos, né au IVe s. avant notre ère, excellait selon le même Pline dans l’art de représenter les animaux, au point qu’ « un étalon [aurait tenté] de couvrir une jument » qu’il avait peinte et qu’un autre avait henni devant un congénère peint par le même Apelle, (ibid., §95). Source

Dans l’Empire romain

Temple d’Isis. Paysage égyptien avec tholos, Musée archéologique de Naples.

De l’Empire romain, des peintures en bon état nous sont parvenues issues des cités englouties par les cendres ou la lave du Vésuve, Herculanum, Stabies et Pompéi. Elles sont d’inspiration hellénique, d’après les historiens de l’art (voir Beaux-Arts magazine), ou égyptienne (voir l’article de Connaissance des arts sur une fresque de Pompéi d’inspiration égyptienne récemment restaurée).

Villa Livia, jardin (v. 30 av JC). Fresque, Museo Nazionale Romano, Rome. Livia Drusilla (58 av JC-29 ap JC)

On peut évoquer la fresque de la villa Livia qui représente un jardin luxuriant, ou encore la fresque représentant un paysage architecturé avec un ibis et un pêcheur qui se trouvait dans le temple en l’honneur de la déesse égyptienne Isis. Un arbre s’enlace dans l’autel tandis qu’à droite et à gauche, à flanc de roche, s’élèvent des bâtiments religieux. L’ensemble est plutôt minéral. Mozart, en visite à Pompéi en 1770, se serait inspiré de cette fresque pour composer La Flûte enchantée (source Beaux-Arts).

On peut également évoquer, dans les représentations de la nature, les natures mortes qu’on a retrouvées à Pompéi. Jardins idylliques, fruits en abondance, ces Romains cultivaient le « Carpe diem ».

Villa Poppea, coupe de fruits (Ier s.)

L’art de la mosaïque

Mais c’est dans l’art de la céramique que les Romains représentent la nature à travers des scènes de chasse, des représentations d’animaux sauvages ou de divinités marines entourées d’espèces qui vivent dans la mer. On peut citer par exemple les fresques de la villa du Casale, au centre de la Sicile, édifiée à la fin du IIIe s. de notre ère :  médaillons d’animaux, scènes de chasse, éléphant, rhinocéros, lions, enfant sur un char tiré par des échassiers, tous ces animaux représentés avec une grande exactitude. Voyez encore, en Espagne, la Scène de chasse de la villa La Olmeda (Ier-IVe s.).

Villa del Casale, médaillons, IIIe s., Sicile

Bref, si les scènes de banquet ou de cérémonies religieuses sont nombreuses, les Anciens du monde méditerranéen ont également beaucoup représenté leur environnement naturel. Interrogez-vous dans vos portfolios, par exemple, sur leurs motivations et leurs techniques. Vous pouvez aussi rapprocher une représentation de scène de chasse antique avec une autre, de la Renaissance (Piero di Cosimo, Scène de chasse ou Chasse primitive, vers 1500, huile sur bois,  70,5 × 169,5 cm, Metropolitan Museum de New York, E.-U. ; Gaston Phébus, la chasse, enluminure du livre de chasse, sur le site de la BnF ; ou, dans le Cortège des mages de Benozzo Gozzoli, vers 1450, la scène de chasse qui figure derrière la procession.)

Villa del Casale, Scène de chasse