Introduction

Des expositions d’artistes contemporains cette année apportent de la matière au thème renouvelé du programme limitatif en spécialité Histoire des Arts pour les années 2027 et suivantes. Ainsi, Gerhard Richter a été exposé entre octobre 2025 et mars 2026 à la Fondation Louis Vuitton.

Mise en garde : les reproductions dans cette page ne correspondent pas exactement aux oeuvres, en tous cas celles prises lors de l’exposition à la Fondation LVMH (la foule des visiteurs rendait difficile la mise au point et la pose photographique).

Pour commencer : Le magazine Télérama note que « le procédé pictural [de Gerhard Richter] est une interrogation constante sur la vérité » ; « ce qu’il veut, ce n’est pas mettre la réalité en images, mais visualiser sa propre relation avec la réalité » (regarder la vidéo, 6’41’’)

Peindre d’après photographie

Une des premières approches artistiques de Gerhard Richter a été de photographier ce qu’il voulait peindre, ou d’utiliser des photographies de presse, d’anonymes, ou de famille. Parce que la photographie est objective, elle lui permet quand il peint ce qu’elle figure de mettre à distance sa subjectivité.  Il peint donc ce que la photographie lui montre ; puis, alors que la peinture est encore humide, il passe un large pinceau ou un chiffon doux qui floutent la reproduction. Pour notre sujet, Nature ?, on peut en apprécier l’effet sur ses paysages :

Marine (Seestück), 1968, Huile sur toile, 40 cm x 80 cm, Collection particulière.
Nuages, 1978, Huile sur toile, 400 x 250 x 5 cm, verso « Richter 1978 », Collection d’art de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Düsseldorf.
  • ses marines, par exemple  Marine (Seestück), 1968, Huile sur toile, 40 cm x 80 cm, Collection particulière (© Gerhard Richter 2019 (0058); Paysage marin (partiellement nuageux), 1969, Huile sur toile, 200 x 200 cm, Collection FLV),
  • ses nuages, par exemple Nuages (CR 270-1,2,3), 1970, Huile sur toile, 200 x 300 x 4,00 cm, Ottawa, National Gallery of Canada (vus sur le site du Centre Georges-Pompidou qui a consacré une exposition à l’artiste en 2012,
  • des paysages comme  Chinon (CR 645), 1987, Huile sur toile, 200 x 320 cm, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, ou Paysage avec bosquet, 1970,
  • Iceberg, 1982, etc.

Ces différentes démarches évoquent la philosophie de Platon selon qui aucun être humain ne peut accéder à la réalité, mais seulement à une image du monde réel révélé par ses sens. On pense aussi à la vision qu’ont les Japonais de la réalité : « une succession d’impressions floues » (Guillaume Fraissard, « Le Japon, terre originelle de la cyberculture », Le Monde, 13 juin 2001). Ils ont d’ailleurs appelé l’art de l’estampe de l’ère Edo l’Ukiyo-e, J« image du monde flottant ».

Peindre sur photographie

Janv, 1992. Huile sur photographie, en noir et blanc, collection particulière, Suisse.

Il lui arrive également de peindre sur la photographie. Ainsi, pour Janv.92, il charge d’un surplus de peinture de neige (du blanc) un paysage de sapins au bord de l’eau en hiver, la peinture accentuant le contraste du noir et blanc.

Peindre l’abstraction

RICHTER Gerhard, Sana titre, 1991, huile sur photographie en noir et blanc, Collection particulière, Allemagne

« Il n’est pas rare que je parte du figuratif pour aboutir à quelque chose d’abstrait. » Cette phrase est attribuée à Gerhard Richter sur le site Myartbroker, qui explique « les techniques de l’artiste ». Nous voilà un peu rassurés car nous nous croyions atteints de paréidolie, ce processus qui consiste à vouloir reconnaitre des formes dans des éléments neutres comme des nuages ou des taches d’encre.  Or, Sans titre 1991 ou Tableau abstrait 2016 nous ont bien sembler cacher, ou révéler, ou montrer en arrière-plan (quels termes employer ?) un paysage. Le premier plan en revanche, effectivement, brouille les pistes. L’artiste emploie pour ce faire la raclette, qui lui permet de passer différentes couches de peinture de différentes couleurs et en différents sens, en laissant faire le hasard. Il obtient ainsi… une œuvre abstraite.

Tableau abstrait, 2007, huile sur toile, collection particulière.

Une autre œuvre, Tableau abstrait 1978, pourrait évoquer des algues marines ou des roseaux de bord de rivière. G. Richter a utilisé la peinture en couche épaisses. Le jaune semble tomber comme une pluie de lumière, il l’a sans-doute passé à la raclette. De même, un bon tiers droit du tableau, griffé de blanc, fait vibrer ce qui peut ressembler au fond peu profond d’un lac. L’esquisse, qui porte le même titre, utilise des couleurs semblables, mais plus claires, et une autre technique, plus conventionnelle.

Abstraktees Bild (Tableau abstrait), 1978, Tate.
Tableau abstrait, 1978 , huile sur toile (esquisse)

Dans Abstraction 1990, ceux d’entre nous qui vivent ou ont vécu près de la nature verront ou croiront voir des troncs de bouleaux, tandis que d’autres seront marqués par la trame rouge ou la complexité du jeu des superpositions de formes et de couleurs

Abstraction,1990, Huile sur toile, collection particulière.

En conclusion,

l’intitulé interrogatif du thème limitatif Nature ? pour l’entrée Objets et enjeux de l’histoire des arts a tout son sens. Quel rôle joue la nature dans la création artistique, et dans la réception de l’œuvre d’art ? Se laisse-t-elle saisir ? Et est-ce le but de l’artiste ? Et si l’approche diffère des siècles antérieurs, l’enjeu de sa représentation a-t-il changé ? …

Enfin, faisons un petit rappel : Gerhard Richter ne s’est pas intéressé qu’à la nature. Son œuvre (pas uniquement peint, d’ailleurs) comporte de nombreux portraits, des paysages urbains, des abstractions en hommage à un maître de la création à l’aide du hasard, John Cage (très intéressant à étudier pour Nature ?)…, et une série de grands panneaux abstraits peints à partir de photographies anonymes prises au camp d’extermination nazi de Birkenau.

Conseils pour le portfolio Nature / Gerhard Richter

Si vous souhaitez travailler sur les œuvres de cet artiste, sans-doute vous faudra-t-il, dans un premier temps, l’appréhender dans son ensemble. N’hésitez pas à consulter ce qu’il a écrit, les entretiens qu’il a eus avec des journalistes spécialisés (éditions Babelio) et les nombreux numéros de Beaux-Arts magazine ou Connaissance des Arts qui lui ont été consacrés. Vous pouvez aussi consulter l’article consacre à Richter par une historienne qui signe Liv, sur le site de commerce d’art myartbroker, très documenté et très intéressant. Mais ne le recopiez pas ; appropriez-vous ce qui vous paraît clair et correspondant à votre ressenti, et approfondissez les pistes qui sont proposées.

Retour : Nature à l’Antiquité

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